Arrêt de travail du kiné ou de l’infirmier libéral : combien touchez-vous vraiment ?
Vous êtes kinésithérapeute ou infirmier libéral, et un matin votre corps dit stop. Une chute, une opération, un épuisement. Le médecin prescrit trois mois d’arrêt. Vous fermez le cabinet, mais le loyer, lui, ne ferme pas. La RC Pro non plus, ni le comptable, ni les cotisations. Et là, une question très concrète s’impose : combien allez-vous réellement toucher pendant cet arrêt ?
La plupart des professionnels de santé libéraux découvrent la réponse au pire moment, une fois l’arrêt commencé. Beaucoup pensent que la CARPIMKO les couvre dès le premier jour. Ce n’est pas le cas. La prise en charge obligatoire existe, mais elle obéit à des règles précises, avec des délais et des montants que peu de soignants connaissent avant d’en avoir besoin. Faisons le point clairement, avec les chiffres 2026.
Les 90 premiers jours : c’est la CPAM, pas la CARPIMKO
Depuis le 1er juillet 2021, les professionnels de santé libéraux bénéficient d’indemnités journalières versées par la CPAM dès le 4e jour d’arrêt, soit après un délai de carence de 3 jours. C’est une avancée réelle : avant cette réforme, les 90 premiers jours étaient tout simplement à découvert.
Le montant n’est pas forfaitaire. Il correspond à 1/730e de votre revenu d’activité annuel moyen des trois dernières années, ce qui représente environ 50 % de votre revenu libéral. En 2026, cette indemnité est plafonnée à 197,50 euros par jour et ne peut descendre en dessous de 26,33 euros par jour. Elle est versée jusqu’au 90e jour d’arrêt.
Un piège important pour les jeunes installés : la première année d’exercice, faute d’un historique de revenus suffisant, la protection peut être quasi nulle. Si vous venez de vous installer, c’est précisément le moment où vous êtes le plus exposé.
À partir du 91e jour : la CARPIMKO prend le relais, au forfait
C’est seulement à partir du 91e jour que la CARPIMKO entre en jeu. Et elle verse une indemnité journalière forfaitaire de 55,44 euros en 2026, soit environ 1 663 euros par mois. Des majorations s’appliquent pour enfant ou conjoint à charge.
Le mot important ici est forfaitaire. Ce montant est identique pour tous les affiliés, que vous gagniez 3 000 ou 8 000 euros par mois. Pour une infirmière libérale au revenu médian d’environ 3 800 euros, la CARPIMKO couvre donc à peine plus de 40 % du revenu. Pour un kinésithérapeute qui dégage 6 000 euros, l’écart devient vertigineux. L’indemnité est versée pendant 3 ans maximum.
Le vrai trou : vos charges continuent de tourner
Il y a une donnée que les tableaux de la caisse ne montrent jamais : pendant votre arrêt, vos charges professionnelles, elles, ne s’arrêtent pas. Le loyer du cabinet, la responsabilité civile professionnelle, les cotisations sociales, les honoraires du comptable, l’éventuel crédit de matériel : tout continue de courir.
Autrement dit, la vraie question n’est pas seulement de savoir si vous avez droit à des indemnités. C’est de savoir si ces indemnités suffisent à couvrir vos frais fixes ET à maintenir votre niveau de vie. Pour la plupart des cabinets, la réponse est non. Le régime obligatoire est un filet de sécurité minimal, pas un maintien de revenu.
Invalidité et décès : une protection minimale
Au-delà de l’incapacité temporaire, la CARPIMKO gère aussi un régime invalidité-décès. Là encore, la couverture existe mais reste sommaire. La pension d’invalidité ne se déclenche qu’à partir d’un taux d’incapacité d’au moins 66 %. En 2026, elle s’élève à environ 10 080 euros par an pour une invalidité partielle et 20 160 euros par an pour une invalidité totale, avec une majoration pour personne à charge.
Le seuil de 66 % est déterminant. Un professionnel qui perd, par exemple, 40 % de sa capacité de travail (une main qui ne récupère pas complètement pour un kiné) ne touchera rien au titre de l’invalidité de la caisse, alors que son activité, elle, sera durablement amputée. En cas de décès, un capital est versé au conjoint (de l’ordre de 36 000 à 54 000 euros selon la présence d’enfants à charge), complété de rentes conjoint et orphelin.
Comment combler le trou : la prévoyance complémentaire
C’est tout l’objet d’un contrat de prévoyance complémentaire, souscrit à titre individuel. Bien construit, il vient corriger exactement les trois faiblesses du régime obligatoire. D’abord le délai : vous pouvez être indemnisé dès le 1er, le 8e ou le 15e jour d’arrêt selon la franchise choisie, sans attendre le 91e jour. Ensuite le montant : les indemnités sont proportionnelles à votre revenu réel, et une garantie dédiée peut prendre en charge vos frais professionnels fixes. Enfin le seuil d’invalidité : une rente peut se déclencher dès un taux bien inférieur à 66 %.
Un point à connaître, et c’est là que le sujet devient aussi fiscal : dans le cadre de la loi Madelin, les cotisations d’un contrat de prévoyance sont déductibles de votre bénéfice imposable. Vous protégez votre revenu tout en réduisant votre base d’imposition. Encore faut-il calibrer la franchise, le niveau de rente et les garanties en fonction de votre situation réelle, et non souscrire le premier contrat standard que l’on vous propose.
C’est un arbitrage qui mérite un regard indépendant, sans lien avec un assureur ou une banque qui aurait un produit à placer. L’objectif n’est pas de vous vendre une garantie de plus, mais de dimensionner la juste couverture : ni sous-protégé, ni en train de payer pour des garanties dont vous n’avez pas besoin.
Ce qu’il faut retenir
- Les 90 premiers jours dépendent de la CPAM (dès le 4e jour, environ 50 % du revenu, plafonné à 197,50 euros par jour en 2026), pas de la CARPIMKO.
- La CARPIMKO n’intervient qu’au 91e jour, avec un forfait de 55,44 euros par jour, décorrélé de votre revenu réel.
- Vos charges de cabinet continuent de courir pendant l’arrêt : le régime obligatoire ne les couvre pas.
- L’invalidité de la caisse ne se déclenche qu’à partir de 66 % d’incapacité, un seuil élevé.
- Une prévoyance Madelin bien calibrée comble le délai, le montant et le seuil, avec des cotisations déductibles.
Faisons le point sur votre situation
Savez-vous, là, maintenant, combien vous toucheriez si votre arrêt commençait lundi ? Si la réponse est « pas exactement », vous êtes dans le cas de la majorité des soignants libéraux que nous rencontrons. Nous prenons 30 minutes ensemble, gratuitement et sans engagement, en visio ou à votre cabinet, pour poser vos chiffres : vos frais fixes, votre revenu, vos garanties existantes, et le trou éventuel à combler. Vous repartez avec une vision claire, que vous décidiez ensuite d’agir ou non. Réservez votre bilan patrimonial de 30 minutes.
Pour aller plus loin sur vos droits et vos cotisations, vous pouvez consulter les informations officielles sur le site de la CARPIMKO. Nos articles sur les cotisations CARPIMKO et sur la retraite progressive des professionnels de santé complètent utilement ce panorama.
Par Nicolas De Martrin, fondateur d’Inari Patrimoine. Conseiller en gestion de patrimoine diplômé de l’AUREP à Clermont-Ferrand, l’un des cursus de référence de la profession, Nicolas exerce depuis une dizaine d’années. Il accompagne professions de santé, dirigeants et cadres en toute indépendance vis-à-vis des banques et des assureurs, sans produits maison et avec une rémunération transparente. Inscrit à l’ORIAS sous le n° 22004813 (vérifiable sur orias.fr).
Informations à jour à la date de publication. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé.
